Entre sommeil et cours manqués, ce que coûte un logement loin du campus
Faute de pouvoir se loger près de leur campus, des étudiants franciliens, nantais ou lyonnais cumulent jusqu’à quatre heures de transport chaque jour.
En bref
- Selon la FAGE (février 2026), un étudiant sur cinq met plus de 40 minutes pour rejoindre ses cours.
- Un logement étudiant coûte en moyenne 962 euros par mois à Paris intra-muros, d’après LocService (mai 2026).
- L’INJEP relève qu’à 23 ans, un quart des jeunes encore chez leurs parents sont en études.
- Grâce à l’alternance, Bastien a quitté trois heures de trajet quotidien pour une colocation proche de Lyon 1.
Beaucoup d’étudiants passent des heures dans les transports parce qu’ils n’ont pas trouvé à se loger près de leur établissement et restent chez leurs parents, souvent en périphérie. Le prix est payé en sommeil, en assiduité et en vie sociale. Les parcours recueillis par L’Étudiant montrent ce que ce mécanisme change au quotidien, de l’Île-de-France à Lyon en passant par Nantes.
Une crise du logement qui rallonge les trajets
Le constat chiffré vient de la fédération étudiante, et le magazine L’Étudiant en désigne l’une des causes : dans les grandes villes surtout, la pénurie de logements incite les jeunes à garder leur chambre familiale, même si l’heure de départ recule chaque matin. Le montant parisien, presque mille euros mensuels, éclaire ce choix pour de nombreuses familles.
Ce maintien au domicile parental n’a rien de marginal chez les étudiants. Dans une enquête publiée en juin 2026, l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) observe qu’à 23 ans, parmi les jeunes qui habitent toujours chez leurs parents, un sur quatre poursuit des études.
Liliana, quatre heures par jour pour suivre la psychomotricité
Liliana a 19 ans et suit la troisième année de psychomotricité à Paris. Elle vit pourtant à Adainville, dans les Yvelines, chez ses parents. Quand les cours débutent à 8 heures, elle quitte la maison à 5h40 et enchaîne voiture, train, deux lignes de métro, puis une dizaine de minutes à pied. Additionnés, l’aller et le retour représentent quatre heures quotidiennes.

« J’ai dû apprendre à moins dormir. Je suis une grande dormeuse, j’ai fait des concessions sur ça »
Liliana, étudiante en troisième année de psychomotricité à Paris
Le sommeil n’est pas le seul poste sacrifié. L’étudiante a fait le tri parmi ses cours magistraux, en ne gardant en présentiel qu’une partie d’entre eux, et elle a lâché certains CM. Ce gain de temps se paie ensuite : « Je perds du temps de cours, de compréhension. Il faut que j’aille chercher moi-même les réponses à mes questions pour comprendre. »
Les soirées entre amis se heurtent, elles, à l’horaire du dernier train : Liliana explique manquer des moments de convivialité parce qu’elle doit partir à temps pour ne pas rester à quai.
Tenir, renoncer ou se rapprocher, trois issues différentes
Le temps passé dans les transports ne mène pas partout au même résultat. Trois autres étudiants décrivent des trajectoires opposées.
| Étudiant | Formation | Trajet | Situation |
|---|---|---|---|
| Jana, 22 ans | Master 2 de journalisme, école du 11e arrondissement de Paris | Franconville (95), trois heures par jour | Reste chez ses parents, faute d’un logement décent trouvé |
| Solenn | Licence d’histoire de l’art et d’archéologie à Nantes | Bouaye, environ trois heures par jour | A abandonné sa licence et s’est réorientée en BTS viticulture et œnologie au Landreau |
| Bastien | Troisième année de BUT informatique à Lyon 1 | Leyment (01), trois heures par jour pendant deux ans | Loue une colocation près de son université grâce à son salaire d’alternant |
Le cas de Solenn reste individuel : il illustre un parcours, pas une règle générale entre éloignement et décrochage. Pour qui prépare sa recherche, les repères pour trouver un logement étudiant complètent ces témoignages.
Pour Bastien, l’alternance a changé la donne. Il résume ce qu’a modifié la proximité : « Je me lève une heure plus tard le matin, et le soir en quinze minutes je suis chez moi. Je ne suis pas fatigué. Le soir je peux faire des choses et je suis motivé à travailler. »
Photo : Anna Shvets / Pexels
